Art by Krigga : balance your equation
Auteur
Mawena Yehouessi

“J’ai vraiment commencé à m’intéresser au collage quand je me suis mis à étudier l’alchimie. L’idée de prendre une “prima materia” et de la transmuter en quelque chose de nouveau m’est apparu comme une évidence. J’ai toujours été fasciné par l’esthétique du collage, et j’étais naturellement doué pour ça. Ce qui m’a définitivement motivé c’était le manque de visages et de corps noirs au sein d’une telle expression.” Krigga

Qui es-tu ?

Officiellement, je suis Krigga et je voyage à travers l’hyper-espace pour transmettre des messages sous la forme d’images. Officieusement, je suis qui je suis… ça dépend de qui vous êtes.

Es-tu humain ?

Je suis un Lyran, je prends l’apparence que voici pour ne pas faire flipper les “normaux”.

 

 

Krigga Dezz Archi © Roni Nicole_1

Krigga © Roni Nicole // L’afrofuturisme est mon expression, et le collage digital est ma discipline. Avec ces deux concepts, je raconte des histoires, fournis des explications, et transmets des messages que l’on m’a chargé de partager avec mon type de fréquence. J’ai étudié l’imagerie alchimique comme une méthode de communication, et utilise ses principes dans mon travail.

Crois-tu en l’intuition ?

Je savais que tu allais me poser cette question..

Es-tu un optimiste ?

D’une certaine manière. J’ai tendance à ne pas pencher d’un côté plutôt que de l’autre. Je suis conscient que la situation sera ce qu’elle est, mais aussi de ma capacité à faire en sorte qu’elle soit comme je voudrais qu’elle soit.

 

 

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“Ol’ Buttermilk Sky”, Krigga, Mars 2015 // Cette pièce est une célébration de la Femme Ecarlate. Le réveil du Divin Féminin qui détient le pouvoir de dévoiler la réalité perçue. Le titre est une référence aux nuages épais qui masquent notre vraie nature et celle de nos créations.

Comment décrirais-tu le futur ?

Des manifestations en cours de téléchargement.

 

 

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“Vertical Mobility”, Krigga, Juin 2015 // Mobilité Verticale représente l’ascension du Féminin Sacré et de la Femme Noire. C’est en la plaçant sur un piédestal et en élevant la femme et l’énergie féminine qui a été violée et insultée, que l’on peut espérer se guérir et trouver notre équilibre en tant que race, à la fois noire et humaine.

Magie et technologie s’opposent-ils ? Si oui, comment / pourquoi ?

Elles ne forment qu’un. La technologie est une tentative de recréer ce qui arrive par magie, à un niveau mondain.

 

 

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“Telegnostia”, Krigga, Décembre 2015 // Télégnosis est un autre mot pour “surnaturel” ou “sciences occultes”. La composition représente la sagesse et la vision qui proviennent de l’équilibre du féminin (l’être) et du masculin (le faire).

Quelle(s) différence(s) entre rêves, désirs et projections ?

L’intention.

Que signifie le mot « fantasme » ?

Nos projections personnelles de ce qu’est la perfection.

 

 

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“Janhoy”, Krigga, Septembre 2015 // J’ai créé cette pièce en songeant à la richesse de l’histoire et de la culture éthiopienne, mais aussi à la nature mystique, aux principes, et aux croyances liées à Haïlé Sélassié Ier et au rastafarisme.

Te sens-tu étranger ? Si oui, à quoi ?

Parfois. Je trouve ça de plus en plus facile de m’immerger complètement dans n’importe quelles situations si je l’ai choisi. D’autres fois je m’en fous.

Que signifie « blackness » (négritude) ?

Une relation intime avec le vide.

Et « afro-ness » (africanité) ?

Une relation intime avec le vide, sous le prisme d’une multitude de – ismes.

 

 

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“Megaphenocryst”, Krigga, Septembre 2014 // Un phénocristal est un éclat de cristal plus grande que le reste des grains d’une roche magmatique. Le titre fait référence à la stature debout en surplomb, au fait d’être seul contre tous. Ce travail visuel en est donc la métaphore autant qu’une référence au voyage astral.

Qu’est-ce que l’Afrique ?

La source de grandes controverses.

A-t-elle quoi que ce soit à apprendre au monde ? Si oui, quoi ?

Je pense qu’à travers l’étude et l’observation du continent, et sa panoplie complète d’histoires, de coutumes, de cultures et de croyances, le monde peut vraiment apprendre sur lui-même. Comprendre, accepter et aimer de l’Afrique – mère de l’humanité et des civilisations – c’est aller déjà un peu mieux. Nous avons besoin de retrouver l’harmonie d’avec notre vraie nature.

 

 

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“Goolu Okan”, Krigga, Février 2015 // Goolu signifie “Or” en Yoruba et okan “Conscience/Esprit/Coeur”. Cette pièce a donc été créée comme un rappel de notre richesse spirituelle, mentale, émotionnelle et physique originelle : nous sommes l’incarnation physique et spirituelle de la richesse de l’univers et de cette terre.

Quel est son futur ?

La Mère patrie est grande. L’a toujours été, et le sera toujours. Prétendre le contraire c’est se faire avoir à perpétuer les discours des pouvoirs en place selon lesquels elle serait tout sauf abondante et incroyable. L’Afrique sera-t-elle toujours là pour nous inspirer, nous guérir, subvenir à nos besoins : c’est une mère et un père pour le monde et, plus particulièrement encore, les membres de sa diaspora.

 

 

Classified Discourse

“Classified Discourse”, Krigga, Janvier 2015 // L’image représente des instructions que j’ai reçues en rêve. On m’a dit d’aider à équilibrer les énergies masculines et féminines en utilisant la Flamme Violette afin d’élever les fréquences.

Qu’est-ce que l’afrofuturisme ?

C’est assez difficile de vouloir enfermer l’afrofuturisme dans une boîte. C’est un mode de vie pour une certaine catégorie de personne. Peut-être est-ce la culture des personnes de couleurs ressuscitées, aux idées qui claquent et vivant dans un monde moderne ?

Es-tu un afrofuturiste ?

C’est un de mes modes d’expression, oui.

 

 

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“Shedyet”, Krigga, Juin 2015 // Shedyet is the name of the main cult center for Sobek, a Kemetic War God. I was visited by him during a meditation.  The images represent the people finding protection and a safe haven by finding their roots and returning home.

Quelle est la dernière chose que tu aies apprise ?

Que la vie sur Terre a toujours un peu craint, mais qu’on est de plus en plus en train de réaliser jusqu’à quel point.

Où étais-tu vendredi 20 avril 2063 ?

J’évitais les gens. En ce moment, je me préparais pour mon décollage mais je n’étais pas sur le qui-vive. La beuh et le reste de nos herbes médicinales avaient fini par être complètement été acceptées comme des médicaments. Mais en même temps, comme elles sont devenues quelque chose d’hyper quotidien, les gens se sont mis à se la raconter, du genre “4/20 représente”. C’était énervant alors je restais (fumer) à la maison.

 

 

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“Substantia nigra”, Krigga, Février 2015 // Ce travail m’est venu comme une instruction à fournir à la jeunesse noire afin qu’elle se prépare et se protège contre du mal. Le titre signifie “matière grise” (“black substance” en anglais) qui semble plus foncée en raison d’une forte concentration de neuro-mélanine. Cette image est une incitation à ce que nous consultions nos ancêtres, et utilisions les sciences anciennes et l’astrologie pour nous gouverner et nous protéger dans un espace de guerre physique, mentale et spirituelle.

Une bande son ?

A Fireside Chat With Lucifer (de Sun Ra).

 

 

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“Transmunomicon”, Krigga, Avril 2015 // Cette pièce est un auto-portrait. J’ai regardé dans le miroir et brièvement y ai vu un vieil home sage avec des cornes dorées regardant en arrière. Alors que j’y réfléchissais, ses traits m’apparurent clairement, et ils présentaient certains de mes aspects. Son apparence sombre, terrifiante, diabolique servent à préserver sa lumière et ses secrets de ceux qui en seraient indignes.

Décris-nous la fin du monde.

Il n’a jamais vraiment pris fin, il en a juste eu marre de nos conneries. Au fil du temps l’environnement a commencé a évoluer à un rythme exponentiel, devenant de plus en plus hostile à certaines fréquences. L’humanité s’est montrée trop intelligente pour être simplement éradiquée, alors des trous dans l’espace-temps ont commencé à s’ouvrir et à aspirer les individus qui “opéraient” la dualité en solitaire et habitaient principalement dans la peur, la plus basse fréquence de vibration. Ça marchait bien au début mais ensuite ça a trop bien marché. Ceux qui avaient encore été épargnés ont commencé à se mettre d’accord sur les habitudes et les principes communs qui avaient engendrés tout ça. Ce n’était pas de la mort dont ils faisaient l’expérience, mais du simple fait d’être envoyé dans une autre dimension, un endroit conçu à l’image des maltraitances qu’ils distribuaient et qui puisait son pouvoir dans leur peur. Les humains ont tenté de contenir le phénomène en procréant plus vite, mais c’était voué à l’échec parce qu’ils créaient à partir de la peur, et non de l’amour. A ce moment là, nous avions contracté une dette envers la planète que nous ne pourrions jamais repayer. La Terre ferma finalement ses portes aux humains, pour que le processus de guérison puisse s’accomplir. Ceux d’entre nous qui se préoccupaient et contrôlaient les fréquences de l’amour, de la créativité, de la sagesse et de la vie ont alors trouvé refuge dans les étoiles dont nous venions et nous avons continué à parfaire notre maîtrise des Grands Principes et de nouvelles Leçons. Et ceux qui devaient encore apprendre certaines bases ont continué leur route vers la Compréhension. A la longue, l’humanité a suivi le chemin des dinosaures, la planète a retrouvé son état d’équilibre, naturel, et les espèces suivantes ont atteint l’apex.

 

 

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“Some Men”, Krigga, Septembre 2015 // Le titre est une référence à la citation: “certains hommes n’attendent que de voir le monde brûler”. L’idée est venue alors que je réfléchissais aux turbulences politiques et aux manifestations contre les démons que cette société engendre contre les corps noirs. La famille regarde, indifférente, tandis que la société patriarcale blanche se consume sous le poids de ses propres déséquilibres.

Et si tu devais recommencer ?

J’ai mon compte. Je me suis bien assez souvent retrouvé dans cette situation! Se porter bénévole pour aider l’humanité a été marrant et stimulant, mais je suis plus que prêt à prendre ma retraite.

Un dernier commentaire ?

Trouve ton équilibre.

 

 

144

“144” , Krigga, Juillet 2015 // Cette pièce était un hommage au militantisme vertueux. Bien que les images dépeignent des soldats armés et prêts à en venir aux mains, cette pièce est pour les 144 000 anges qui travaillent à la préparation de la Terre pour le retour de la Conscience du Christ.

Plus au sujet de Krigga :

via sa galerie en ligne, sur facebook ou instagram, ou en écoutant sa musique

 

Traduit de l’anglais par Claire Le Grand

Auteur

Mawena Yehouessi
Diplomée de Philosophie puis Gestion de Projets Culturels, Mawena fait ses premières armes dans les milieux de l’art contemporain tout en menant de front divers projets : soirées, édition, collectifs artistiques… Fondatrice et directrice de Black(s) to the Future, son objectif est simple : mettre en lumière la part « afro » du monde et performer le futur. | www.mawenayehouessi.fr // @ma.wena
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