Pleins feux sur Nollywood !
Auteur
Steffi Njoh Monny

Du 4 au 7 juin derniers, Paris a accueilli la troisième édition du festival du cinéma nigérian, le Nollywood Week Film Festival. L’occasion de revenir sur un phénomène qui a propulsé le pays le plus peuplé du continent africain sur le devant de la scène, aux côtés de l’outsider bollywoodien et de l’écrasante machine hollywoodienne. Comment le Nigeria a-t-il émergé au sein de ce Top 3, malgré un manque de moyens considérables qui ont d’ailleurs longtemps joué en sa défaveur ? L’avènement d’un nouveau “Nollywood”, plus structuré, peut-il renverser la tendance en matière cinématographique dans les années à venir ?

Après Hollywood et Bollywood, “No-llywood”

Rares sont ceux qui, autour du globe, ont entendu parler de la fièvre qui s’est emparée du public nigérian et de sa diaspora au début des années 1990, avec l’émergence d’une industrie cinématographique faite maison qui atteint aujourd’hui les 2000 films produits par an, pour des budgets infiniment dérisoires en comparaison de ceux dépensés par les studios de production californiens. 10 000 dollars de budget à tout casser, un scénario qui tient à peine debout, des actrices et des acteurs qui n’ont pas peur d’en faire beaucoup, une qualité d’image qui laisse à désirer : vous avez là la quintessence même de ce qui a fait le succès de Nollywood. La débrouille !

 

Diffusé lors de la cérémonie d’ouverture de la Nollywood Week à laquelle l’équipe de Black(s) to the future était présente, le documentaire de Rachid Dhibou et Jimmy Jean-Louis, acteur haïtien qui a notamment joué dans la série à succès Heroes il y a quelques années, ambassadeur de cette troisième édition du festival, “Jimmy Goes to Nollywood”, évoque ce décalage entre la pluralité des projets cinématographiques qui voient le jour au Nigeria, et leur relais quasi inexistant sur la scène internationale.

 

Car malgré sa capacité de production prolifique, les professionnels du cinéma international ne prennent pas au sérieux Nollywood. Pourtant, à en juger la réaction du public durant la diffusion du documentaire et les éclats de rire qui ont parcouru la salle durant toute la projection, l’esprit de Nollywood plaît, émeut, fascine même. Tant et si bien qu’il donne des ailes aux quelques velléitaires qui, à défaut de maîtriser la technique et d’avoir des moyens raisonnables pour mener à bien leur projet, continuent de vouloir raconter les histoires universelles qu’il a été plaisant de découvrir tout au long du festival.

Le Nollywood nouveau est arrivé !

Pour cette troisième édition du festival, l’équipe de Serge Noukoué, Shari Hammond et Nadira Shakur ont nourri leur programmation d’un éclectisme rafraîchissant, “qui fait la part belle aux films porteurs de messages sociaux forts”, entre comédies, drames, thrillers et même, pour la première fois, des séries TV avec Before 30, qui fait un carton au Nigeria actuellement et un film d’horreur avec le film de C.J Obasi, Ojuju.

 

 

D’ailleurs, l’organisation d’événements tels que l’Africa Movie Academy Awards (AMAA), qui a lieu depuis 11 ans à Lagos, est une des preuves de l’émergence d’un cinéma africain populaire mais chiadé, n’ayant rien à envier à ces prédécesseurs en matière de scénario, d’images ni même de talents ! Les actrices et acteurs nigérians, à l’instar d’OC Ukeje qui crève l’écran dans Gone Too Far, de la réalisatrice Destiny Ekargha (à voir absolument), sont des stars interplanétaires. Leurs frasques télévisuelles et cinématographiques sont scrutées et admirées par-delà les frontières de Nollywood, avec un succès sans précédent, notamment auprès de la diaspora.

 

Maître de cérémonie des AMAA en 2012, Jimmy Jean-Louis a pu récolter les témoignages de nombre d’acteurs et réalisateurs en quête de crédibilité, qui longtemps ont souhaité s’affranchir de l’étiquette Nollywood. Heureusement, la participation remarquée et remarquable d’acteurs internationaux aux productions nollywoodiennes, à l’instar de Thandie Newton et Isaiah Washington, a littéralement renversé la tendance : déterminés à faire la lumière sur un cinéma africain qui, bien plus que celui auquel ils ont été biberonnés, est porteur de sens, ce sont désormais les acteurs afro-américains qui se détournent d’Hollywood pour rejoindre les rangs de Nollywood.

“Hollywood, il a quand même fallu attendre un certain nombre d’années avant qu’on atteigne le niveau que nous connaissons aujourd’hui. La patience est donc de mise avant de voir les résultats du travail d’aujourd’hui éclore”. Voici ce que confiait Jimmy Jean-Louis au Point Afrique il y a quelques jours, à l’occasion de la diffusion de son documentaire lors du festival. Même si le manque de structure comme de protection de cette industrie florissante par l’Etat nigérian ralentit considérablement le travail effectué à bout de bras par la plupart des réalisateurs africains, les choses continuent malgré tout à évoluer dans le bon sens à Nollywood. A quand une catégorie 100% Nollywood dans nos services de TV/streaming dans les années à venir ? Prenons le pari !

Cover photo :

Pieter Hugo, Obechukwu Nwoye, Enugu, Nigeria, 2008. From the series Nollywood © Courtesy of Stevenson Gallery, Cape Town / Yossi Milo, New York.

Auteur

Steffi Njoh Monny
Steffi, comme Steffi Graf. Même prénom, même date de naissance à vingt ans près, le parallèle s’arrête (à peu près) ici ! Bouillon de culture urbaine, maelström féministe, musique & mode en intraveineuse. A ses heures (résolument) perdues, elle rédige, alimente et édite le blog Africanism, sur la culture noire dans son ensemble. Une preuve supplémentaire, s'il en fallait une, de son adéquation avec le projet B(s)ttF.
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