“La scène culturelle sénégalaise est actuellement en pleine ébullition !”
Auteur
Steffi Njoh Monny

Dans le cadre du festival l’Afrique dans tous les sens, qui a eu lieu à Paris du 22 mai au 7 juin derniers, l’équipe de Black(s) to the future a rencontré Amadou Tounkara, artiste d’origine sénégalaise issu des Beaux Arts, ayant exposé à Paris, Montréal ou encore à Tokyo. Invité par le festival à participer à des ateliers et des performances en live durant les concerts, il a en outre pris part à la réalisation d’une fresque sur mur exposée près du Petit Bain à Paris, en collaboration avec Ndoye Douts, artiste plasticien sénégalais.

Black(s) to the future : Comment vous est venue l’idée de cette fresque ? Que souhaitiez-vous raconter à travers cette oeuvre d’art ?

 

Amadou Tounkara : Cette année, le festival mettait à l’honneur le Sénégal, et c’est dans ce cadre que j’ai été invité à créer cette fresque, en qualité d’artiste sénégalais résidant actuellement en France. Je travaille toujours autour des mêmes thématiques : la représentation de portes et de fenêtres, symbolisant l’ouverture, le passage d’une société à une autre… Compte tenu des délais et de la dimension de l’oeuvre, j’ai fait appel à mon ami Ndoye Douts (NDLR : l’artiste plasticien est issu de l’Ecole de Dakar, mouvement de renouveau artistique né au Sénégal à l’aube de l’indépendance du pays). Ce que vous voyez pour le moment est une ébauche de notre travail : nous n’en sommes qu’au début !

 

 

B(s)ttf : Vous avez vécu au Japon de nombreuses années et exposé vos oeuvres à plusieurs reprises dans ce pays. Quel a été l’accueil réservé à votre art ?

 

A.T. : J’ai vécu 10 ans au Japon. Lorsque j’y suis arrivé, j’ai constaté à quel point les différences étaient flagrantes. Leur société semblait diamétralement opposée à tout ce que j’avais connu auparavant. Le matériel utilisé n’était pas le même, par exemple. Les Japonais étaient très attachés à leur propre culture : les mangas, l’artisanat, pour ne citer que ça ; il y avait à l’époque peu de place pour l’art contemporain, qui plus est africain.

 

Lors de mes premières expositions/manifestations artistiques, le public s’attendait à une image stéréotypée de “l’art africain” : voir des masques et des statues, et s’attarder sur la symbolique de ces pièces représentatives de l’art africain tel qu’on l’entend. Par effet de surprise, mes oeuvres ont été bien accueillies. Le public s’est intéressé aux couleurs utilisées, alors que tout y était plutôt monochrome, puis aux messages véhiculés, ce qui les a éloignés de leur vision initiale de “l’art africain”. Les sujets que j’évoquais concernaient aussi bien des prisonniers dans la rue, que des immigrés dans l’incapacité de rentrer dans leur pays d’origine. Le contraste entre l’aspect très coloré de mes oeuvres et leur dimension politique a vraiment beaucoup plu aux Japonais.

 

B(s)ttf : Vous peignez également sur tissu. Dans le cadre de cette oeuvre réalisée pour le festival, comment avez-vous procédé ?

 

A.T.: Nous avons fait venir une toile de l’atelier que nous avons apposée sur le mur et c’est depuis ce mur que nous avons créé l’oeuvre, à proprement parler. Ici, la toile est appliquée sur un support en bois intégré au mur adjacent à la salle de spectacles.

 

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Variations sur le même thème : le pressionnisme

 

A voir, du 12 mars au 12 septembre 2015, l’exposition de la Pinacothèque de Paris : “Le pressionnisme 1970-1990, les chefs d’oeuvre du graffiti sur toile de Basquiat à Bando”, pour la mise en lumière d’un mouvement injustement associé au tag, mal identifié par l’histoire officielle de l’art, représentant un des courants les plus appréciés de l’art contemporain.

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B(s)ttf : Quels sont les rapports que vous entretenez encore aujourd’hui avec le Sénégal ?

 

A.T. : Avant de partir au Japon, j’avais déjà exposé au Sénégal ; le besoin de renouveau a fait que j’ai cessé durant un temps d’avoir tout lien avec mon pays d’origine, sauf pour des raisons personnelles. C’est à l’occasion de la Biennale d’art africain contemporain, en 2010, qu’on a fait appel à moi depuis le Japon pour venir exposer au Sénégal. Depuis, tout en étant en résidence en France, j’ai effectué quelques séjours de plusieurs mois au Sénégal et suis à nouveau au contact de la scène culturelle sénégalaise. Je tente d’entretenir de plus en plus de projets avec les artistes sur place, et j’y assiste à l’émergence d’une nouvelle scène et dénote une réelle synergie entre ses différents acteurs. Entre les stylistes et les musiciens, pour ne citer que Faada Freddy par exemple, la scène culturelle sénégalaise est actuellement en pleine ébullition !

 

B(s)ttf : Quelle serait votre propre définition de l’afrofuturisme ?

 

A.T. : Je pense qu’il faut évoquer le développement culturel de l’Afrique et parler de son potentiel, qui n’a jamais été totalement exploité jusqu’ici alors que l’Afrique est au coeur de nombreux enjeux. L’énergie, le dynamisme qui se dégage aujourd’hui de la scène culturelle africaine va nous mener vers l’explosion d’un courant culturel majeur qu’on pourra observer dans les années à venir. Nous n’avons rien à envier à nos pairs !

 

Merci infiniment à Amadou Tounkara et à Frédérique Miguel pour leur collaboration.

Auteur

Steffi Njoh Monny
Steffi, comme Steffi Graf. Même prénom, même date de naissance à vingt ans près, le parallèle s’arrête (à peu près) ici ! Bouillon de culture urbaine, maelström féministe, musique & mode en intraveineuse. A ses heures (résolument) perdues, elle rédige, alimente et édite le blog Africanism, sur la culture noire dans son ensemble. Une preuve supplémentaire, s'il en fallait une, de son adéquation avec le projet B(s)ttF.
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