Noir.e, trans et fièr.e
Auteur
Salomé Bertrand

Le mouvement Black Lives Matters, employé pour la première fois en 2013, est un mouvement militant développé de l’autre côté de l’Atlantique, à la suite des violences et bavures policières au sein de la communauté afro-américaine. « Les vies noires comptent » telle est la devise de cette mobilisation, dorénavant présente non seulement aux Etats-Unis, ou au Canada, mais aussi en Afrique et au Ghana notamment.

Devenue une cause de ralliement « exemplaire », c’est naturellement que d’autres communautés, les plus minoritaires et les plus brutalisées, ont elles aussi mis un nom sur leurs revendications. C’est ainsi que le Black Trans Live Movement est né. Les chiffres sont éloquents. Rien qu’en janvier 2015, quatre femmes transgenres noires ont été attaquées, parce qu’elles osaient s’affirmer en tant que telles et dans les quatre cas, c’est la mort qui l’a emporté.  

Le complexe transidentitaire

Marsha P. Johnson

Marsha P. Johnson (1945-1992), drag-queen homosexuelle et travailleuse du sexe, fut une des pionnièr.e.s de la lutte queer aux USA.

 

Il ne faut pas confondre transgenres et transsexuels. Les transgenres rejettent totalement ou en partie leur identité sexuelle de « naissance », sans nécessairement subir d’opération. A contrario, les transsexuel.le.s sont opéré.e.s. In fine, les deux sont mis.e.s au ban de la société. Par ailleurs, le site américain advocate, qui se veut porte-parole de la communauté gay et trans, s’appuie sur le terme d’« intersectionnalité », créé par Kimberlé Crenshaw, une professeure de droit à l’Université de California, à Los Angeles, en 1989. Ce dernier est employé en sociologie et en réflexion politique pour désigner la situation de personnes subissant, concurremment, plusieurs formes de domination sociétale.

 

C’est tout simplement la façon de montrer comment les multiples identités – qu’elles soient sexuelles, genrées, raciales ou de classe – interfèrent entre elles au quotidien, dans une lutte opiniâtre pour la justice. Le site donne également la parole à Master, l’un des participants de la table ronde « Etre Queer/Trans et Noir aujourd’hui », et qui la décrit comme un « formidable exemple de cadre pour une approche intersectionnelle. Placer l’expérience des femmes et des trans au centre de nos préoccupations constitue depuis toujours un objectif majeur du Black Lives Matter, et notre principale stratégie de contestation repose sur l’utilisation d’une approche intersectionnelle ».

 

Laverne Cox, érigée en icône médiatique

C’est le pari audacieux de Netflix, la plateforme qui propose des films et des séries télévisées en flux continu sur Internet. Dans sa série Orange Is The New Black, Laverne Cox, transsexuelle dans la vie, joue Sophia Burset, l’une des prisonnières de Litchfield dans la série. Véritable pavé dans la marre sur le créneau de l’entertainment populaire, c’est le point de départ d’une ascension médiatique fulgurante et d’une exposition visible de la communauté noire transgenre.

 

Dans notre ère ultra connectée, les réseaux sociaux ont par ailleurs joué un rôle majeur dans le poids porté à la notoriété, peut-être tardive, de cette communauté. De son côté, Laverne Cox a lancé le hashtag #transisbeautiful et a insufflé un véritable renouveau quant aux questions de représentativité des minorités afro-queers. Et Le 9 juin 2014, c’est une petite révolution qui voit le jour : Laverne Cox fait la une du magazine américain « TIME ». Le titre ? « Le point de basculement transgenre : la prochaine frontière des droits civils américains ». Dans la foulée, l’actrice est nommée aux Emmy’s Awards. Rien que ça.

 

 

Laverne Cox

Laverne Cox, héroïne de la série « Orange is the New Black » à la une du Time Magazine en juin 2014.

 

Par ailleurs, il faudrait aussi citer d’autres acteurs contribuant à la reconnaissance du Black Trans Live Movement auprès du grand public, tels que par exemple :

  • dans le monde encore trop souvent queer-phobe du hip-hop Mykki Blanco, Zebra Katz, Le1f ou encore Cake Da Killa, sans oublier FKA Twigs (qui à travers son univers proche du voguing fait la part belle à de nombreux accolytes queer et trans)
  • la toute récente sortie du film “Tangerine” de Sean S. Baker (dont les héroïnes sont deux prostituées transgenres), ou le superbe reportage de Jonny von Wallström, “The Pearl of Africa” (retraçant la vie de Cleo une jeune transexuelle ougandaise, pays où l’homosexualité est encore punie par la peine capitale)

Une victoire à deux poids deux mesures

Il ne faut cependant pas crier victoire. Même si au mois d’août 2015, la Maison Blanche a employé Raffi Freedman-Gurspan, transsexuelle noire, en tant que directrice du recrutement pour l’exécutif américain, une vague meurtrière s’abat toujours sur les femmes transsexuelles, en particulier aux Etats-Unis. Des discriminations sont encore commises, à l’image d’Andraya Williams, jeune étudiante transsexuelle américaine, qui a été exclue du campus de son école par un officier de sécurité car celle-ci s’était rendue aux toilettes des femmes.

 

Trop souvent encore, il faut que les personnes transgenres ou transsexuelles se justifient, se cachent ou subissent une humiliation perpétuelle. Pourtant, au même titre que n’importe qui d’autre, leurs vies comptent et plus que jamais, le Black Trans Live Movement doit faire entendre ses revendications… pour un monde toujours plus inclusif ! 

 

 

mykki-blanco

Mykki Blanco, est un rappeur et poète trans & multi-genre, militant pour les droits LGBT, dans un univers hip-hop encore trop trans-phobe.

Pour aller plus loin :

 

http://www.advocate.com/transgender/2015/07/27/these-are-trans-women-killed-so-far-us-2015

 

http://www.slate.fr/story/105877/etats-unis-vague-meurtres-touche-transgenres-noires

 

http://www.huffingtonpost.com/shane-l-windmeyer/campus-pride-launches-ist_b_5098315.html?utm_hp_ref=college&ir=College

 

http://www.advocate.com/2015/9/10/trans-lives-matters-and-black-lives-matters-join-forces-justice

 

www.huffingtonpost.com/cherno-biko/black-trans-lives-matter-_b_9157514.html

 

http://www.out.com/art-books/2015/5/04/spotlight-queer-africa-kehinde-bademosi-and-zanele-muholi

 

http://pearlofafrica.tv/

Cover :

Série de portraits réalisés par l’artiste sud-africaine Zanele Muholi, militante active de la cause LGBT et mettant notamment en lumière la condition des lesbiennes en Afrique.

Auteur

Salomé Bertrand
Presque 20 ans et passionnée par l'écriture depuis l'enfance. Étudiante en journalisme, engagée pour le droit des femmes, éprise de culture urbaine, combattante pour l'égalité et le droit à la différence. Naturellement, participer à B(s)TTF s'imposait.
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