1ère édition de l’Afropunk Festival à Paris : No Hate, No Debate !
Auteur
Steffi Njoh Monny

Des looks en folie, des guest stars incognito, des concerts tous plus incroyables les uns que les autres et surtout, une volonté d’universalisme transatlantique. L’équipe de B(s)ttf était présente lors de ce premier opus de l’Afropunk Festival à Paris : on vous raconte.

Le weekend des 23 et 24 mai derniers, Paris a accueilli pour la toute première fois le festival Afropunk, qui a su rassembler en 2014 plus de 90 000 personnes, de Brooklyn à Atlanta. Au programme : Lianne La Havas, Lolawolf, Keziah Jones, Patrice, The Bots ou encore Lion Babe… Des musiciens qui, chacun à leur manière, ont su représenter le mouvement dans toutes ses acceptions. Autant dire que les Parisiens étaient au rendez-vous pour cet événement qui fait des émules aux Etats-Unis depuis près d’une décennie. Mais étaient-ils prêts pour la déferlante qui s’est emparée du Trianon ce weekend ?

 

Plus qu’une musique, plus qu’un genre : un mouvement

Les festivités ont  démarré samedi en fin d’après-midi avec le groupe britannique Youth Man, distillant leur punk sex disruptif straight from Birmingham – en anglais dans le texte. Il était à peine 18h30, la salle se remplissait à peine, de (plus ou moins) jeunes gens échangeaient quelques mots autour d’une pinte au bar, quand Sandra Nkaké est apparue dans un halo de lumière, accompagnée du flûtiste Ji Drû, poings tendus vers le ciel, bien décidés à redonner au punk toutes ses lettres de noblesse.

 

Car avant d’être un genre de musique, le punk est avant tout un art de vivre, un mode de pensée. Scandant “Black Lives Matter” dès les premières mesures du set, incitant chaque personne du public à “cultiver sa différence”, à “libérer son esprit des carcans imposés par la société”, le duo Sandra Nkaké – Jî Drû a régalé le Trianon de quelques reprises bien senties parmi lesquelles une version absolument bouleversante du Four Women de Nina Simone, icône punk s’il en est, telle qu’évoquée dans le documentaire de James Spooner, initiateur de l’Afropunk en compagnie de Matthew Morgan, en 2003.

 

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AFROPUNK – Le documentaire

 

Réalisé en 2003 par James Spooner, ce documentaire de 66 minutes explore la question de l’identité raciale au sein même de la scène punk. Initialement Afro-Punk : The Rock n’ Roll Nigger Experience, il raconte le parcours de quatre individus ayant dédié leur existence au mode de vie punk, et toutes les implications conflictuelles que cette prise de position a pu avoir dans leur vie de personne noire évoluant au sein d’une communauté majoritairement blanche.

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C’est cette volonté de redéfinir les termes de l’Afropunk qui a donné du corps à la programmation de cette toute première édition, avec des prestations tantôt rock, tantôt pop, tantôt électro, tantôt soul… mâtinées de cette pulsion punk qui a rassemblé chacune et chacun des artistes ayant foulé la scène du Trianon ce weekend ; quelques exemples :

 

  • L’énergie explosive du MC d’origine congolaise Young Paris, conquérant, le visage décoré de peintures tribales, se tatouant “I AM AFROPUNK” sur le torse en plein milieu du set en guise de symbole ;
  • L’élégance rétro mais non moins puissante du jeune Leon Bridges, prouvant à maintes reprises qu’il est encore possible de chanter le blues en 2015 sans rien avoir à envier à ses précédesseurs ;
  • L’opiniâtreté de Willow & Jaden Smith, rappelant enfin, à juste titre, que le talent n’attend pas le nombre d’années.

 

 

Autant de prestations habitées reflétant l’ardeur de l’événement, touchant jusqu’au public lui-même, fait rare dans un festival de cette ampleur.

Le festival de TOUTES les différences

Valorisant la contre-culture dans toute sa splendeur, l’Afropunk Festival est le terrain de jeu rêvé pour les originaux de tous bords qui n’ont pas manqué à l’appel, à en juger les galeries photo pléthoriques qui pullulent sur la Toile à la suite du festival, à la manière de Coachella. Or ici, pas question de jouer à qui prendra la plus jolie photo et qui saura le mieux mettre en valeur une tenue aperçue lors des défilés de la Fashion Week : les festivaliers, venus pour beaucoup d’Europe et d’Amérique du Nord, ont laissé libre court à leur inspiration, donnant lieu à des silhouettes sortant résolument de l’ordinaire. Une ribambelle d’afros de toutes tailles, de tous types et de toutes les couleurs ont posé le décor, plongeant le Trianon dans un melting pot fameux où chacune et chacun ont su trouver leur place, l’espace d’un weekend.

 

Samedi soir, vers 23h, un concert improvisé s’est joué tout près des marches du Trianon, sur le terre-plein du boulevard, rassemblant riverains et festivaliers autour de leur amour de la musique, quand dimanche, entre deux changements de plateau, de jeunes femmes s’adonnaient à une battle de waacking sur de la musique kuduro.

Les 23 et 24 mai derniers, un vent de liberté a soufflé sur Paris, que l’on doit sans nul doute à l’Afropunk Festival, qui appelait à se souvenir du message suivant : #NOHATE, hashtag affiché partout et martelé par les animatrices et animateurs tout au long du weekend. La contreculture s’est trouvée dans l’Afropunk, et c’est sans hésitation et sans autre forme du procès qu’il serait judicieux de souligner qu’elle n’est pas prête de s’oublier de sitôt. Prochaine édition ? Le 4 juin prochain, à Chicago. A ne manquer sous aucun prétexte !

 

Cover photo :

Antonia Opiah. From the article, Afropunk Fest Comes to Paris, on Huffigton Post, 2015.

Auteur

Steffi Njoh Monny
Steffi, comme Steffi Graf. Même prénom, même date de naissance à vingt ans près, le parallèle s’arrête (à peu près) ici ! Bouillon de culture urbaine, maelström féministe, musique & mode en intraveineuse. A ses heures (résolument) perdues, elle rédige, alimente et édite le blog Africanism, sur la culture noire dans son ensemble. Une preuve supplémentaire, s'il en fallait une, de son adéquation avec le projet B(s)ttF.
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